Date de la note : 23 février 2005
Ce roman est une longue méditation sur le pouvoir.
Le cadre
en est la Chine du 8ème siècle, sous les "Tang", où le
pouvoir suprême échoit
à une femme, fait inouï. Elle jouira de ce pouvoir tout en en faisant
un
usage
plutôt favorable à son peuple. Mais elle aura bien du mal à accepter
d'abord
sa solitude, puis son
vieillissement et le nécessaire transfert de ce pouvoir vers d'autres
mains.
Nous sommes en
Chine, c'est vrai, mais cet attachement à la puissance, surtout quand
elle a
réussi, est bien universel.
Comme
dans
tout
bon
roman,
il
y
a
plusieurs
niveaux
de
lecture,
le premier étant celui d'un roman historique bien documenté sur
cette Cité Interdite
, centre du monde civilisé de l'époque. Intrigues, débauches,
cruautés utiles
ou non, fastes et incantations, tout est là pour un dépaysement
réussi dans un monde raffiné.
Mais c'est aussi une belle et longue réflexion sur la difficulté d'exercer
le
pouvoir, même si tout est réuni en une main. C'est aussi un rappel
de la rareté
des hommes (ou des femmes, comme ici) capables d'en faire un usage utile au peuple.
Le pouvoir absolu rend alors encore plus veules ceux qui le sont
déjà, comme le furent les empereurs incapables qui tentèrent de
succéder ou de renverser l' "Impératrice".
C'est aussi une illustration de ce que soutiendra Machiavel plus tard, à savoir
que
l'exercice
du
pouvoir
oblige à franchir les lois de l'humanité "civile". C'est d'ailleurs ce qui isole
tant son détenteur.
Un excellent roman, doublé d'un livre qui, sans pédanterie, nous promène dans
un univers fascinant. Une réussite.
Editions Le livre de poche 30149 (2003) - 436 pages