
tome 1
Date de la note : 16 mai 2004
Ce livre est paru en 1912, mais Romain Rolland (1866-1944)
avait
commencé son
écriture en 1901. C'est donc une oeuvre de longue haleine qui aura compté pour
l'auteur, où il a voulu, à travers un roman, communiquer sa foi (il utilisera
lui même ce terme dans sa préface de 1931) dans
la fraternité humaine. La guerre de 1914 allait être une épreuve bien lourde,
pour
lui particulièrement,
en raison de son amour de la culture allemande. Il fallait à cette époque une
certaine force de caractère pour l'affirmer !
Son héros n'a pas pour mission unique de nous faire connaître et comprendre
cette foi de RR, mais aussi de la propager, par son exemple romancé. C'est
un livre militant. RR
a
donc
besoin
d'un homme, Jean-Christophe, qui dispose d'abord d'une indépendance intellectuelle
et morale complète
par
rapport
aux 'tendances' d'une époque honnie. Mais ce héros doit aussi nous convaincre,
nous entraîner par son exemple vers ce retour espéré à l'unité profonde des hommes.
Il doit 'parler droit' , convaincre, agir en modèle porteur d'espoir. RR flirtera
d'ailleurs par la suite avec les révolutions qui agiteront l'Europe.
Mais ce héros qui incarne un espoir est aussi un héros romantique où l'image
de Beethoven
apparaît en filigrane. La musique, qui modèle la statue intérieure de Jean-Christophe
n'y est pas pour rien, cette musique qui tint une part si importante dans la
vie
de RR. Ce héros est un jeune allemand qui découvrira la vie et la France et
peu à peu, tissera le grand lien d'humanité qu'espère et appelle RR. Le roman
prendra d'ailleurs la structure des 'Bildungs Roman' (romans de formation) illustrés
par
le
'Werther' de Goethe ou un homme entre progressivement dans la vie et en passe
les épreuves, les initiations.
Jean-Christophe, entier et parfois même sectaire, se frottera avec rudesse aux
bouillonnements que sa conduite sans souplesse entraîne. Il agit en révélateur
de ce que RR veut montrer, quitte à en faire parfois un peu trop.
J'ai été particulièrement sensible d'abord à l'ouverture
que ce roman nous donne sur l'Allemagne que nous connaissons souvent si mal ou
si peu. C'est sans doute
un des aspects passionnants de ce livre. Ce n'était bien entendu pas son
objet
premier, l'Allemagne étant là comme un des deux pôles humains,
aussi opposé que
possible a l'autre pôle, le français. Or ces pôles sont liés,
unis, par une
humanité
qui
leur
est
commune
et supérieure.
N'est-ce pas d'ailleurs ce que l'Europe a cherché et cherche à accomplir,
même
si
elle
semble
aujourd'hui enlisée dans des trivialités qui divisent ?
Un autre élément de ce roman m'apparaît comme original et
riche. C'est le réalisme qu'affiche, envers
et contre tout, RR dans les situations décrites,
lui
dont le coeur est essentiellement idéaliste. Un chagrin peut ne pas conduire
aux extrêmes,
un musicien peut avoir du talent sans être un génie, un amour peut être
sincère
sans
être
éternel, etc. Le temps passe qui recoud, rattrape, recommence, relie.
Et une
haine, comme celle des nations allemande et française peut être
surmontée si
la raison et l'espoir se marient pour enfanter l'humanité. Il aura fallu
deux
guerres pour que cela soit, peut-être, compris.
Un beau roman d'espoir et de foi qui n'a guère vieilli, où, en dépit de
la foi qu'affirme RR, c'est plutôt sa sagesse qui l'emporte et convainc.
Editions Le livre de poche (1961) 734/735 - 500 pages