Friedrich Nietzsche
- Crépuscule
des idoles
ou
Comment philosopher à coups de marteau
Date de la note : 4 août 2006
FN est un écrivain
peu fréquentable. Il a
pourtant écrit là (en 1888) un essai agressif,
paradoxal, iconoclaste, mais accoucheur d'évidences incontestables dont
il a le secret.
D'une
parfaite incorrection politique, certes, mais prémonitoire sous bien des aspects.
Sa thèse est résumée par ces mots "Etre obligé de lutter contre ses
instincts - voilà bien la formule de la décadence : tant que la
vie suit une courbe
ascendante, bonheur égal instinct".
Il part au fond en guerre contre la rationalisation
excessive du monde, contre l'oubli par l'homme de sa nature
animale profonde. Il dénonce, les constructions
intellectuelles (les idoles) que l'homme a dressées en
absolu (l'être, le bien, le vrai, la perfection, la
morale, les droits, dieu, etc.) et qui deviennent des tyrans
qui l'asservissent.
Vouloir, par exemple, l'homme "vertueux'', (voir son
chapitre "La morale, une anti-nature'') c'est en
partie vouer à ''l'immoral'' tout ce qui n'entre pas
dans le cadre de la vertu. C'est en partie tuer l'originalité des
êtres et les castrer. C'est nier la vie, sa force,
sa richesse, sa diversité, mais aussi sa cruauté. L'image qu'il choisit
et qui frappe, est celle du vieux lion dompté : on a rendu la bête "meilleure"
en
en faisant une
bête "maladive''.
Il reproche à l'homme moderne (de 1888 ! ; mais
reconnaissons que ce qu'il voyait alors n'a fait
que se développer) de trop marcher avec sa tête
et de se payer de mots, de prendre ses concepts
(dieu par exemple) pour des réalités alors qu'ils
ne sont qu'un sous-produit de son corps pensant.
Il se sait "inactuel". Nous
dirions qu'il sait qu'il n'est
pas politiquement correct. Le chapitre de ses "Divagations d'un inactuel''
est un festival d'audace méchante.
Et, même si cela sent souvent l'excès, et que
certaines propositions choquent et sont inacceptables,
voire inhumaines, il n'en reste pas moins que
FN met le doigt sur une des faiblesses réelles des
civilisations évoluées de type occidental. Oublier à ce point la bête
en
nous,
la
contraindre et la placer sous le commandement en
toutes circonstances
de la tête, de la raison, de la loi
est peut-être se priver d'une part précieuse de nous-mêmes, mais
surtout préparer
la place à ceux
qui,
un jour, n'auront plus ces scrupules.
FN est un chantre de la vie, spontanée, imparfaite,
diverse,
souvent brutale et toujours incertaine et inconfortable.
L'opposé du rêve du bourgeois, de l'ouvrier, du chrétien, au risque du
retour à l'état
brut.
Trop est sans
doute trop, mais lorsqu'il dit que "Platon est lâche devant la réalité -
par conséquent, il se
réfugie dans l'idéal', il me semble que nous
sommes tous des petits Platons type onusien, aux
soldats désarmés, esclaves consentants d'un rêve qui
prend chaque jour plus de distance avec la
réalité.
Un livre choquant, mais utile.
Editions folio essais 88 - 150 pages