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Philippe Muray - Festivus Festivus
Conversations
avec Elisabeth Lévy
Ce livre est obèse :
trop de pages, trop de mots, trop de
néologismes, trop
d'excès
en tout. Or, j'ai la faiblesse de penser que pour être efficace, la présentation
d'une thèse doit être concise. L'incontinence verbale dont PhM
fait preuve,
bien que souvent contenue par EL, dessert l'intention du pamphlet.
C'est dommage, car ce qu'il dit vaut la peine d'être lu et médité, en
dépit
de ses débordements
de langage. Si résumer est trahir, trahissons : Notre civilisation,
riche, s'est
construite depuis les années 50 autour d'une protection et d'un accompagnement
accru du
citoyen. Qui peut s'en offenser ? Mais hélas à un prix qui devient
lourd que
PhM résume par une
infantilisation des hommes de moins en moins responsables de leurs actes devant
leur destin, qui cesse ainsi de leur être propre. La "grande mère" sociale
pourvoit à tout
ou
presque.
Conséquences ? L'enfant que nous devenons fonde ses actes sur ses pulsions
que
rien ne doit entraver : moi, je. Il n'y a plus d'histoire, plus de progrès,
plus de contraintes en particulier morales,
plus de culture ; le mot d'ordre : jouir de jouir, "Festivus, Festivus",
comme
"Sapiens,
Sapiens" savait qu'il savait. Dévastation progressive d'une civilisation
qui ne se fonde plus sur des conventions qui la structurent. Confusion des
valeurs
("tout est culture", levée des tabous en particulier sexuels
et bientôt l'inceste,
etc.), égalitarisme militant (il est suspect d'être doué :
Einstein au poteau !), destruction de la sphère privée (on vous
protège et on se dit tout en tout
exhibitionnisme pornographique), liberté individuelle mangée
par des lois qui contraignent non plus les actes, mais
aujourd'hui la pensée (loi de décembre 2004 sur la "discrimination" !
), victimisation à tout propos (comme les homos jouant aux victimes par exemple),
etc. Et tout cela dans la fête permanente pour amuser l'enfant : Gay
quelque chose, Paris Plage, JO 2012, grèves avec tambours et trompettes,
raves et autres putes soumises au vent qui passe. C'est vrai que le bruit évite
de penser.
La réaction des auteurs devant ce constat, assez évident, me semble en revanche
discutable. "Soucieux d'oublier le goût du fruit de l'arbre de la connaissance,
le nouvel homme n'aspirerait plus qu'à redevenir un animal innocent et heureux"
écrit EL. Soit, et alors ?
PhM nous propose d'en rire. Bon, rions ça ne peut pas faire de mal.
Il me semble qu'il faille plutôt en pleurer, de préférence de rage. Car l'histoire
humaine montre qu'il y a toujours un moment où le réel reprend le dessus, en
général par la violence et la destruction. Un peuple d'enfants revendicatifs
et jouisseurs ne peut que se déchirer quand l'abondance faiblit, comme c'est
aujourd'hui le cas de notre pays.
Le
pire
est
possible, comme Hitler, Lénine et autres joyeux drilles l'ont montré lorsque
les sociétés où ils vivaient perdaient leurs repères et voyaient leurs richesse
fondre. Que tous ces enfants attendent un père me semble évident. Un" père des
peuples", puisque la démocratie, une démocratie d'enfants égoïstes,
n'apporte
pas de solution. Serions nous proches des lendemains qui chantent ?
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