Andreï
Makine - La femme qui attendait
Date de la note : juillet 2004
Voici encore un très beau roman de Makine, bref et hors du
temps dans un style fait de sensibilité et de douceur. Makine ne déroute pas,
n'éblouit pas. Il parle à mots couverts des hommes et de leur vie, avec simplicité
et assurance.
L'histoire est le journal d'un jeune soviétique des années soixante
dix, intellectuel
correctement dissident, envoyé en mission en basse province pour y recueillir
des éléments de folklore local. Un jeune coq qui sait tout sur
les femmes, la
politique,
la vie. Une petite brute moderne comme on en fabrique, chez eux comme chez nous,
mais qui par bonheur, voit une partie du monde par le regard sensible de Makine.
Cela nous vaut de superbes descriptions de paysages russes.
Le véritable héros est le personnage qu'il rencontre dans ce village
perdu, une
femme qui attend, dit-on, le retour d'un fiancé parti en 1945 et apparemment
disparu.
C'est une expectative zen, paisible bien qu'intense, dont tout porte à croire
que
c'est une aspiration à bien autre chose et dont les mots ont du mal à trouver
le
contour.
Une retraite hors du temps comme une antichambre du paradis, dont le moins que
l'on puisse dire est qu'elle place cette femme au masque humain dans un destin
irréel.
Cette femme-ange acceptera un instant un bain d'humanité normale pour
les beaux yeux de son jeune coq et
reprendra,
immaculée, son
statut angélique, laissant son jeune soviétique patauger dans son ego,
abasourdi
et lâche, trouvant son salut dans la fuite.
Croire à cela est sans doute un peu difficile, mais que c'est beau !
Si vous aimez Makine, deux autres fiches : La musique
d'une vie et Le testament
français.
Editions Seuil (2004) - 214 pages