Vladimir
Fédorovski - Le Roman de Saint-Pétersbourg
Date de la note : 22 décembre 2004
Le hasard a parfois le beau rôle : devant faire un petit séjour
dans cette belle ville (quelques photos ci-jointes en prime), je suis tombé presque
par
hasard
sur
ce
livre.
Je
l'ai donc acheté et lu derechef. Pas de regret, c'est une très belle réussite.
Il
n'est pas facile, à priori, de raconter l'histoire d'une ville, aussi belle soit-elle,
en s'aidant exclusivement de mots. Le pari est gagné ; c'est un vrai roman que
l'auteur nous sert avec talent.
C'est en fait un roman historique, dont la trame est bien l'histoire de cette
ville unique, fondée en 1703 à partir de rien et dans des conditions dures, qui
perdra en
1918 son statut de capitale, par la grâce de Lénine (vous ne saviez pas qu'il
avait de la grâce, l'inventeur des camps de concentration ? ). J'y ai pour ma
part appris beaucoup sur les tsars (et tsarines) qui ont fait la Russie des 18
et 19 èmes siècles et que la pensée politiquement correcte a classés dans les
tyrans.
Un
peu
moins
sur
ceux
qui
l'ont
stérilisée
au
20 ème, et que nous connaissons un peu mieux mais dont on hésite encore à étaler
la tyrannie meurtrière.
C'est
aussi l'occasion de retrouver Pouchkine et Dostoievski, véritables héros de la
ville,
qui font un peu d'ombre aux autres artistes de qualité que Saint
Pétersbourg a produits dans la littérature, la musique, la danse entre autres.
Et c'est aussi l'opportunité de se faire un tantinet voyeurs et observer cette
faune explosive d'artistes de mages et de charlatans aux pouvoirs de séduction
irrésistibles qui ont fait école jusqu'à Paris. Ella Kagan, d'Elsa Triolet
allait devenir la muse d'Aragon, après avoir essayé au passage les bras
de
Maïakowski. Gorki qui avait pris ses distances est rattrapé par les lendemains
qu'il chantera, devenu sénile. C'est tout cela et bien autre chose que le lecteur
découvrira dans ce livre.

Il y découvrira aussi la profonde originalité de cette ville issue de la volonté
des hommes et qui reste incontestablement plus européenne que le reste du pays.
Deux remarques en passant :
- Au 18 ème s., les femmes ont souvent dirigé ce pays, par droit de naissance.
Elles ne s'en sont pas plus mal tiré que les hommes. Est-ce une conséquence de
nos régimes politiques, en Russie comme ailleurs, qu'elles sont généralement
exclues
de
ce
rôle,
sauf
en Asie, depuis la fin des royautés ?
- Qui dit que la Russie n'a pas vocation à rejoindre l'Europe ? Elle en est infiniment
plus proche que la Turquie, en dépit du respect que l'on doit avoir pour ce pays.
Que serait l'Europe sans les grands Russes qui ont tant contribué à la façonner
? Citons Kandinsky, Stravinsky ou Chostakovitch, sans parler des mathématiciens
ou
des physiciens
issus de ce pays qui reste, encore aujourd'hui, une grande civilisation que nous,
européens, aurions intérêt à aider à s'éveiller de nouveau...
Editions Le Livre de Poche No 15610 (2003) - 310 pages