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Baverez (Nicolas) / La France qui tombe
Couverture en Noir-Blanc-Rouge : inquiétant symbole
qui ne
manque pas d'évoquer le risque que court un pouvoir qui ne fait pas
son travail
, donne "du temps au temps", même lorsqu'il a en main tous
les atouts pour réussir
une réforme que le peuple, par les élections du 21 avril 2002,
lui a intimé l'ordre
d'entreprendre.
C'est bien là la thèse de ce remarquable livre : Le 21 avril 2002, les français
ont rejeté l'immobilisme destructeur de 20 ans dits "socialistes", où aucun des
grands
périls accumulés n'a été sérieusement abordé : éducation, santé et risque maladie,
retraites,sécurité, défense, politique extérieure, justice entre autres. Cette
incurie
a
conduit
la
France à perdre sa place sur tous les plans. On citera par exemple :
- descente du produit par habitant (moins de 9% de celui de la Grande Bretagne en 2002 alors qu'il était supérieur de 25% en 1975),
- autant de faillites d'entreprises en 2002 en France qu'aux USA (sic !) tout en voyant leur création régresser de 2% par an depuis 1980,
- abandon (par la gauche, mais oui) de la recherche qui régresse à 2.1 % du PIB quand nos voisins flirtent avec 3%,
- renchérissement du coût du travail, dont la loi suicidaire des 35 heures, qui place 20% de la population active hors des lois du marché pour les faire prendre en charge par les transferts sociaux,
- dévalorisation du travail : 1463 heures annuelles pour 1700 en Allemagne, 1850 en Grande Bretagne et 1966 aux USA,
- promesses (engagements !) sociaux conduisant à une dette considérable non financée et qui pèse sur les générations à venir.
- absence totale de grands projets dans les domaines clé de l'économie du futur, comme les nanotechnologies ou l'électronique. Nous vivons encore des grands programmes (TGV, télécom, Airbus, Ariane) des années 1970.
- une éducation nationale inefficace : 12% d'illétrés chaque année et peu de jeunes faisant des études supérieure (la moitié des USA en %), mais exploitant sans vergogne le gâteau : quand le nombre d'élèves baisse de 1 200 000 depuis 1990, le nombre d'employés de ce ministère grimpe de 10% ! (plus 279 000),
- une armée qui n'aurait pas pu offrir non seulement l'apport de la Grande Bretagne en Irak (à cette cause ou une autre), mais pas même celui qu'elle a fourni en 1990 à la guerre du golfe.
Mettons un terme à cette liste navrante ; le livre dresse là dessus un
tableau hélas incontestable. Mais ce qu'il affirme surtout, c'est que
le vote du 21 avril
est un ras le bol qui s'est matérialisé par un changement massif de majorité
à qui était confiée la mission de mettre un terme à cette dérive qui commence
à toucher les porte-monnaies.
Or, et c'est la deuxième thèse du livre, après un an de gouvernement disposant
de tous les atouts pour agir, le bilan est à peu près nul. Aucun projet
sérieux de réforme de l'Etat et de ses institutions, aucune vision décelable
de grand
projet de redressement, si ce n'est en matière de sécurité des personnes.
Et surtout il juge coupable d'avoir laissé filer le temps, alors que les
grandes
réformes auraient du être lancées dans la foulée du changement de majorité
ou au pire avant la fin de 2002. Qui peut lui donner tort ? Impréparation,
incompétence,
peur paralysante ? L'échec est là qui nous renvoie au Noir-Blanc-Rouge
: n'y aura-t-il qu'une révolution violente et ses drames pour réformer
ce pays qui
tombe ? Les français aiment tant se faire peur...
Le livre conclut en proposant les priorités qui lui semblent devoir être
d'urgence mises en oeuvre. Est-ce gouvernement qui a au fond, trahi son
mandat, qui le
pourra ? Il me semble que non ; et ce n'est pas l'obscure clairvoyance
de Chirac qui
fera le nécessaire..
Il me semble aussi que ce livre passe sous silence un élément de ce drame,
qu'il caractérise par ailleurs si bien : le rôle de l'Euro, sorte de carcan
monétaire
qui est en train de faire de la France par rapport à l'Europe ce que l'Italie
du Sud est par rapport à l'Italie, un monde bloqué, en voie de sous développement,
vivant
de
tourisme
et
de
subventions.
Par
exemple, l'acharnement à défendre notre assistance agricole européenne
trahit bien
notre
manque
de
confiance vis
à vis de la compétitivité de cette activité ! Mais c'est une autre affaire.
Et peut être le politiquement correct des années à venir sera-t-il l'art
de sortir
de l'Euro, cette absurdité technocratique. Ceci bien entendu n'engage
que moi.
Quoi qu'il en soit ce livre fait prendre conscience, s'il en est besoin,
de la voie sans issue où nous sommes engagés. C'est essentiel, je pense
pour avoir
un choix
politique
fondé.
Interview de N. Baverez dans "Le Figaro" du 3/10/03